Comment offrir un dépistage des ITSS plus inclusif?

Comment offrir un dépistage des ITSS plus inclusif?

L’inclusion se fait par la création d’un environnement où toute personne a accès aux mêmes possibilités et est respectée de manière équitable (CRSNG, 2017). Les pratiques inclusives s’inscrivent donc dans un processus d’efforts mis en place pour s’assurer que les barrières (physiques, institutionnelles, procédurières, etc.) à l’accès soient recensées et éliminées, et que des actions soient réalisées afin que toute personne puisse réaliser son plein potentiel, peu importe son expérience (CRSNG, 2017). En matière de dépistage des ITSS, cela concerne les efforts réalisés pour faciliter l’accès au dépistage, limiter les barrières et permettre à toute personne d’accéder au plein potentiel de sa santé sexuelle dans le respect.

Les pratiques d’inclusion présentées sont pertinentes à adopter pour toute la patientèle. De plus, comme il a été mentionné précédemment, certaines populations clés vivent des barrières particulières au dépistage des ITSS. 

Dans la prochaine section, il vous sera présenté des principes de base pour adopter des pratiques inclusives, des réflexions préalables à l’application de pratiques inclusives, ainsi que des suivis de pratiques concrètes à effectuer avant, pendant et après le rendez-vous de dépistage. Dans ces sections, des pratiques générales vous seront présentées, mais il existe aussi certaines spécificités propres aux populations clés, ainsi que des ressources pour vous soutenir et en apprendre davantage qui seront abordées dans la dernière section.

Il existe des principes de base pour une pratique inclusive et encourager l’inclusion dans les cliniques de dépistage des ITSS et ce, peu importe à qui on s’adresse. Ces principes guident nos recommandations de pratique et les réflexions qui vous seront présentées ci-dessous : 

  • Prendre le temps de réfléchir à ses biais ou ses préjugés concernant les réalités que nous connaissons moins (voir la prochaine section proposant une réflexion sur nos préjugés). Tout le monde a des préjugés, des idées préconçues ou des jugements. C’est normal et c’est humain. L’important est de questionner leur provenance et leur impact sur nos interventions auprès de la patientèle, et comment les surpasser dans notre offre de services;
  • Prendre conscience que la difficulté d’accès au dépistage des ITSS s’ajoute aux discriminations vécues au quotidien et que chaque petit geste compte;
  • Partir de la personne et non de ses caractéristiques identitaires pour questionner les pratiques sexuelles et proposer des tests de dépistage des ITSS; 
  • Pratiquer le consentement libre, éclairé et explicite; 
  • S’éduquer de manière continue : l’inclusion évolue au fil des transformations sociales. Il est donc pertinent d’assurer une formation continue;
  • Reconnaître ses limites et s’informer sur les alternatives et les ressources où rediriger les personnes;
  • Garder une attitude humble, accepter de faire des erreurs et de se reprendre : l’inclusion est un apprentissage constant;
  • Rendre votre inclusion visible : en raison d’expériences vécues ou d’anticipation de vivre de la stigmatisation, certaines personnes évitent les cliniques de dépistage. Il faut donc faire connaître au public que vous vous engagez à adopter des pratiques inclusives pour l’accueillir et cultiver un climat de conscience.

Réflexions préalables à l’adoption de pratiques inclusives 

Nous vous proposons trois réflexions avant d’implanter des pratiques inclusives dans votre milieu : une réflexion sur nos privilèges, une réflexion sur les préjugés en lien avec les populations clés, une réflexion sur les forces et sur les limites. Ces réflexions peuvent être menées individuellement ou en groupe, mais doivent toujours être réalisées avec une attitude d’ouverture et de non-jugement. 

RÉFLEXION SUR NOS PRIVILÈGES

Reconnaître qu’il existe des oppressions et des inégalités passe inévitablement par une reconnaissance de nos privilèges. Les privilèges, à l’opposé des oppressions, sont des avantages donnés à des individus de manière arbitraire qui émanent des catégories sociales auxquelles nous appartenons, comme notre origine ethnique, notre poids, nos capacités physiques et intellectuelles, notre statut socioéconomique, notre identité sexuelle et notre genre, etc. (Vipond, 2015), et ont l’apparence de droits pour les personnes qui en bénéficient, alors qu’ils ne sont pas accordés à tout le monde. Par exemple, des privilèges au sein des services de dépistage des ITSS seraient de pouvoir se rendre physiquement dans une clinique de dépistage des ITSS, pouvoir communiquer avec les prestataires de soins lors du rendez-vous de dépistage dans la langue avec laquelle on est à l’aise pour parler de sa sexualité, pouvoir se faire interpeller par le bon prénom dans la salle d’attente, être référé·e par les bons pronoms et accords, etc.

Avoir des privilèges n’est pas à réprimander, mais à prendre en considération dans nos biais et dans notre responsabilité à nous éduquer activement sur les situations d’oppression que notre expérience ne nous permet pas de comprendre de facto. Ces positions sociales nous incombent des privilèges qui nous imposent certainement des biais. Ce qui nous amène à nous placer dans une position d’apprentissage constant, et il en revient à notre responsabilité de travailler à rendre les espaces plus inclusifs pour les personnes qui ne bénéficient pas de ces privilèges. 

L’équipe au cœur de l’écriture de ce guide partage plusieurs privilèges : nous sommes pour la plupart universitaires, blanc·he·s, sans situation de handicap et passons pour des personnes cisgenres hétérosexuelles, indépendamment de notre identité sexuelle ou de genre réelles. De ce fait, nous écrivons ce guide au meilleur de nos connaissances, mais aussi dans l’humilité que nous ne pouvons pas prétendre nous mettre à la place de tout individu ayant des difficultés d’accès au dépistage. C’est aussi pour cette raison qu’il s’agit d’une première édition et que nous envisageons une mise à jour du contenu pour les éditions futures. 

RÉFLEXION PERSONNELLE SUR DE POSSIBLES PRÉJUGÉS

Un préjugé est une attitude, un biais, une hypothèse ou un stéréotype de nature implicite et qui peut se manifester à l’insu de la personne qui a le préjugé (CRNG, 2017). Le préjugé émane de notre expérience de vie et de croyances communes qui nous sont inculquées. Il peut être basé sur le sexe, la culture, l’origine ethnique, le handicap, l’âge, la langue, les institutions d’appartenance, etc. Les préjugés peuvent aussi émerger des systèmes d’oppressions qui vont influencer nos réflexions et nos comportements individuels, et peuvent entraîner des propos ou des actes discriminatoires. 

On vous propose donc des pistes de réflexions pour identifier des préjugés en matière de dépistage des ITSS :

  • Avez-vous des préjugés que vous avez déjà entendus concernant le dépistage des ITSS?
  • Pouvez-vous identifier des préjugés potentiels concernant des comportements sexuels d’une personne qui vient pour un dépistage en fonction de son identité sexuelle? de son genre? de son origine ethnique? du fait qu’elle vit avec un handicap? du fait qu’elle exerce le travail du sexe?

Si vous avez identifié des préjugés que vous avez ou que vous avez entendus, pas de panique; c’est correct et c’est surtout la première étape pour les déconstruire. Tout le monde a des préjugés qui sont implicites et/ou inconscients. Il n’est donc pas nécessaire de se punir, mais il est important de les identifier, au meilleur de nos connaissances, pour s’assurer qu’ils n’influencent pas notre prestation de services. 

RÉFLEXIONS SUR VOS FORCES ET LES LIMITES DE VOTRE MILIEU

Bien que ce guide vise à proposer plusieurs pistes d’amélioration pour faciliter l’accès au dépistage des ITSS pour tout le monde, il est important de d’abord reconnaître les efforts que votre clinique met déjà en place. Il se peut que les propositions ci-dessous soient déjà intégrées à vos interventions, et si oui, prenez-le temps de le souligner :

  • Avez-vous des mesures, des pratiques et/ou des protocoles mis en place pour favoriser le confort des personnes?
  • Avez-vous des aménagements particuliers pour favoriser l’accessibilité des lieux? 
  • Avez-vous mis en place des mesures pour faciliter l’accès aux services et aux informations?
  • Pratiquez-vous déjà le consentement libre et éclairé pour les différentes étapes du dépistage?
  • Offrez-vous un espace de communication pour que les personnes partagent leurs besoins particuliers?

D’un autre côté, il se peut que votre milieu comporte des défis ou des conditions face à l’application de pratiques inclusives. Reconnaître les défis et les conditions possibles permet de mieux cerner l’ordre d’implantation des pratiques en fonction de ce qui peut se modifier rapidement ou non. Ces défis deviendront peut-être plus clairs après la lecture des pratiques d’inclusion proposées ci-dessous. Voici quelques exemples de questions concernant les limites : 

  • Avez-vous des limites de langues dans lesquelles les services peuvent être proposés?
  • Avez-vous des conditions physiques d’espaces ou d’aménagements qui restreignent l’accès pour certaines personnes?
  • Avez-vous des protocoles ou des marches à suivre qui n’ont pas beaucoup de flexibilité face au changement? 
  • Quels sont vos défis en matière d’inclusion? Qu’est-ce qui nécessiterait une formation ou un soutien plus approfondi?

Pratiques inclusives avant le rendez-vous

Pour favoriser l’inclusion dès les premières étapes du dépistage, il est important de donner l’espace à la personne pour vous indiquer ses besoins et ses particularités. L’inclusion peut se réaliser en posant des questions permettant de mieux comprendre les réalités, les besoins et l’unicité de chaque patient·e. Inscrire ces informations aux dossiers vous permettra de savoir comment vous adresser à votre patientèle et vous servira de rappel pour les prochains rendez-vous. 

LE PRÉNOM ET LES PRONOMS

Pour plusieurs personnes non cisgenres, le prénom d’usage et les pronoms d’une personne peuvent différer de ses informations légales, comme sur sa carte d’assurance maladie du Régime d’assurance-maladie du Québec (RAMQ) et sur ses documents légaux. 

Demander systématiquement le prénom et les pronoms des personnes, et les indiquer sur tous les documents les concernant. S’assurer également que les pronoms et titres de civilités soient visibles dans le dossier après avoir été demandés dans le formulaire:

  • Offrir l’option de préciser si le nom est différent de celui qui figure sur la carte RAMQ. 
  • Éviter les formulations qui suggèrent un choix, comme « quels pronoms préférez-vous? » et privilégier une formulation directe comme « quels sont vos pronoms? » ou « est-ce que je peux vous demander vos pronoms? ».

Si votre personnel se présente à la patientèle avec leur nom, il est possible de les inviter à se présenter aussi avec leurs pronoms au premier contact pour permettre à la personne de partager les siens et éviter qu’uniquement les personnes trans et non binaires aient à le faire.

P. ex. : en se présentant oralement « Je m’appelle X et j’utilise le pronom X ».

Si votre personnel ne se présente pas à la patientèle par leur nom (avec un “comment puis-je vous aider” notamment), il est possible de signifier les pronoms à l’aide d’étiquettes de noms + pronoms, ou encore sur les plaques nominatives de bureau.

Aussi, il est pertinent d’ajouter ses pronoms à sa signature de courriel lors de communications. 

LE GENRE, DU SEXE ASSIGNÉ À LA NAISSANCE ET DES ORGANES GÉNITAUX

Le sexe assigné à la naissance fait référence à l’étiquette homme/femme qu’on nous attribue en fonction de nos organes génitaux. On précise qu’il est assigné à la naissance pour rendre compte du caractère arbitraire et indépendant du ressenti de la personne. Le sexe assigné à la naissance se distingue donc du genre de la personne, puisque le genre réfère à comment la personne se sent à l’intérieur et se positionne face aux options de genre que la société lui propose. Les documents légaux utilisent souvent les termes de « sexe » ou « mention de genre » pour parler du sexe assigné à la naissance. C’est pourquoi il est important de ne pas se baser uniquement sur les documents légaux pour identifier le genre de la personne.

Aussi, le sexe assigné à la naissance ne correspond pas automatiquement aux organes génitaux actuels de la personne. Certaines personnes n’ont pas gardé les mêmes organes génitaux qu’à la naissance, comme certaines personnes trans, ou les personnes intersexes dont les organes génitaux ne correspondent pas à une distinction binaire claire. Questionner le « sexe » au lieu des organes génitaux peut aussi susciter beaucoup d’inconfort pour certaines personnes trans et non binaires, puisqu’elles peuvent subir des indiscrétions au quotidien et vivre de la dysphorie de genre vis-à-vis de leurs organes génitaux. Il est donc préférable de questionner directement les organes génitaux et non le sexe.

Offrir systématiquement à toute la patientèle d’indiquer son genre, son sexe assigné à la naissance et ses organes génitaux actuels (s’il diffèrent de ceux assignés à naissance) permet de mieux cerner la réalité de genre de la patientèle et d’orienter adéquatement les questions déterminant les tests à réaliser. 

  • Questionner le genre de la personne informe du genre de la personne et comment vous adresser à elle :
    • Le genre, comme l’orientation sexuelle*, peut fluctuer et être multiple. Si possible, laisser la possibilité aux personnes de répondre avec une question ouverte,  choisir plus qu’une option ou inciter les personnes à choisir l’option qui leur convient « le mieux ». On ne peut pas non plus présumer que l’identité sexuelle ou de genre d’une personne sera toujours la même. Ne pas hésiter à poser les mêmes questions au fil du temps pour permettre à la personne de manifester un  changement. 
  • Questionner le sexe assigné à la naissance informe du parcours trans ou cisgenre de la personne :
    • Utiliser le terme « sexe assigné à la naissance » au lieu du terme « sexe » permet de mieux tenir compte des réalités des personnes trans, non binaires et intersexes. 
    • Avoir une option « autre » permet aux personnes intersexes de répondre sans avoir à choisir entre homme ou femme. 
  • Questionner les organes génitaux actuels permet de connaître les organes génitaux à considérer pour les tests et de savoir si la personne a subi une intervention chirurgicale. 

P. ex. :

Quel est votre genre? : _________ ou Quel est le genre qui vous décrit le mieux? :  _________
☐ Homme    ☐ Femme   ☐ Non binaire    ☐ Agenre    ☐ Bispirituel·le   ☐ Genderfluid  
☐ Je m’identifie autrement : __________________________
Quel est le sexe qui vous a été assigné à la naissance? : ☐ Homme ☐ Femme ☐ Autre
S’ils diffèrent de votre sexe assigné à la naissance, quels sont vos organes génitaux actuels? :  
☐ Pénis  ☐ Vagin/Vulve  ☐ Autre : __________________

LES BESOINS EN ACCESSIBILITÉ 

L’accès au bâtiment et aux informations peut être un enjeu pour plusieurs personnes. Pour faciliter l’accès, il est pertinent d’offrir plusieurs façons de prendre rendez-vous, d’accéder aux services et aux informations. 

  • Offrir plusieurs façons de pouvoir prendre rendez-vous, comme en ligne et au téléphone. 
  • Assurer l’accessibilité au contenu de toutes les communications et informations:
    • Ajouter des options de sous-titres et/ou une audiodescription aux vidéos;
    • Adapter les sites Web ou médias sociaux aux lecteurs d’écran;
    • Ajouter du texte alternatif ou description d’image aux images, formulaires, publications sur les réseaux sociaux;
    • Ajouter de l’audiodescription aux sites Web et médias sociaux; 
    • S’assurer que la police d’écriture soit claire et lisible; 
    • S’assurer que les textes soient vulgarisés et simples à lire.
  • Informer la patientèle, en ligne ou par téléphone, de l’accessibilité des lieux : ascenseurs et/ou escaliers, rampe d’accès, près des transports en commun, stationnement, etc. 
  • Offrir systématiquement lors de la prise de rendez-vous (sur le site Web ou par téléphone) l’option de mentionner si la personne requiert une aide particulière pour entrer dans la clinique ou pour mener à bien le rendez-vous :
    • Cela aide les personnes à ne pas ressentir une culpabilité à demander de l’aide; 
    • Cela vous permettra d’éclairer les besoins de la personne et de confirmer que vous pouvez faciliter son dépistage ou sinon de la rediriger vers une autre ressource. 

P. ex. : 

Avez-vous besoin d’une aide particulière pour accéder à la clinique ou durant la consultation?
Il se peut qu’on vous contacte pour valider vos besoins et faire de notre mieux pour vous accommoder. 
  • Si possible, identifier clairement les langues parlées et écrites par les membres de l’équipe et demander à la patientèle de choisir la langue parmi celles disponibles, ou dans laquelle elle est plus confortable à s’exprimer à l’écrit ou à l’oral :
    • Si la personne se sent à l’aise et possède un téléphone ou un appareil ayant une application de traduction simultanée, cela pourrait être aidant (à l’écrit ou verbalement) pour échanger les informations. Ou encore utiliser son propre appareil ou téléphone;
    • Essayer de trouver des ressources pour traduire (des membres du personnel, des interprètes, etc.).
  • Certaines personnes n’ont pas une carte RAMQ valide et n’ont pas accès à tous les services de dépistage. Si vos services ne peuvent pas accepter les personnes n’ayant pas accès à la RAMQ :
  • S’assurer de bien indiquer les prix au préalable (tests à réaliser, frais de transport, prescription, etc.);
  • Constituer une liste de ressources offrant des services de dépistage des ITSS sans couverture de la RAMQ pouvant être disponible en ligne ou par téléphone afin de rediriger adéquatement la personne lorsqu’elle vous informe qu’elle n’est pas couverte par la RAMQ. 

AMÉNAGEMENT DES LIEUX

Dans une monde idéal, tous les services de dépistage des ITSS offrent un accès autonome à leur milieu pour tout le monde. Cela peut inclure des rampes d’accès, des entrées sans emmarchement, des toilettes non genrées et accessibles en chaise roulante, des équipements de plus grande taille, etc. Il existe plusieurs façon de s’assurer que nos lieux sont aussi inclusifs de toutes les personnes : 

  • S’assurer que les couloirs et les espaces de circulation sont assez grands pour des personnes de plus grande taille ou pour l’équipement de personnes en situation de handicap, comme une chaise roulante;
  • S’assurer qu’il y ait des indications claires et précises pour l’utilisation des accès et pour se déplacer dans la clinique :
    • Pour l’utilisation des ascenseurs dans le bâtiment et pour se déplacer sur les lieux;
    • Pour se diriger vers la réception, les salles de consultation, les espaces d’auto-prélèvement ou les toilettes.

Il se peut que votre bâtiment ait des limites existantes ou difficilement ajustables. Si c’est le cas, une bonne façon de maximiser l’accès à travers ses contraintes est d’informer la patientèle  des limites à l’aide, notamment, d’un message clair sur le site de la clinique et dans la porte d’entrée qui précise les limites et les moyens d’accès. 

Toilettes et espaces d’auto-prélèvements

Un grand nombre de personnes trans et non binaires évitent les toilettes par malaise, par sécurité ou pour éviter la discrimination. Pour assurer le confort, mais aussi la sécurité des personnes qui ont à utiliser vos toilettes, il est important de les dégenrer en remplaçant l’enseigne par une enseigne inclusive, en particulier si elles sont à utiliser pour les tests d’auto-prélèvements et que les personnes ne peuvent pas les éviter : 

  • P. ex. : un pictogramme de toilette ou de papier toilette; une enseigne sur laquelle est inscrit  « toilettes pour tout le monde » ou simplement « toilettes ».
  • Si les toilettes contiennent des installations préalables différentes, vous pouvez identifier ces installations sans utiliser le genre pour laisser les personnes choisir :
    • P. ex. : changer l’enseigne des toilettes pour homme/femme par « toilettes avec urinoirs/cabines ». 
  • S’il est impossible de dégenrer les toilettes, s’assurer de pouvoir aider la personne à repérer d’autres toilettes non genrées ou individuelles. Installer une affiche dans un lieu stratégique, comme à l’accueil, pour guider la personne vers ces toilettes :
    • Ne pas présumer de la toilette que la personne va choisir et donner l’option à toute personne de choisir la toilette qui lui convient. 
  • Si vous proposez des services en auto-prélèvement qui nécessitent l’utilisation des toilettes, s’assurer que les endroits prévus sont des espaces suffisamment grands pour une diversité des corps, accueillir une chaise roulante, etc. 

Salles d’attente et de consultation

Offrir une diversité de places assises adaptées à la diversité corporelle et aux situations de handicap : 

  • Privilégier les places assises sans accoudoirs qui procurent une stabilité; 
  • Prévoir des espaces dans la salle d’attente pour les chaises roulantes;
  • Cela inclut la table d’examen et les chaises dans la salle d’examen, mais aussi les places dans la salle d’attente.

S’assurer d’avoir du matériel médical accessible et adapté à des poids plus élevés et/ou des corps plus gros, et/ou à des handicaps physiques:

  • P. ex. : des jaquettes médicales de plus grande taille, des appareils de mesure de pression artérielle de plus grande taille, des équipements de prélèvement et d’examens adaptés, etc.

Vous pouvez afficher des éléments visuels qui contribuent à faire savoir que vous êtes un endroit inclusif dans les cliniques.

P. ex. : 

  • Des affiches de la Fierté, des images ou macarons des différents drapeaux des communautés 2SLGBTQIA+;  
  • Des affiches dénonçant la grossophobie, célébrant l’estime de soi corporelle ou des slogans comme « un service de qualité offert pour toutes les tailles »;
  • Des affiches précisant la diversité de langues dans lesquelles les services sont offerts;
  • Des affiches et d’autres documents d’information ayant des représentations visuelles qui sont pertinentes pour différentes communautés ethnoculturelles; 
  • Des affiches exprimant que vous avez fait des efforts actifs pour créer un milieu inclusif.

Pratiques inclusives pendant le rendez-vous

Il est possible de favoriser l’inclusion lors du rendez-vous de dépistage dans les questionnaires pour déterminer les tests et dans la réalisation de ceux-ci. Cela passe par l’adoption de pratiques systématiques qui mettent la personne au centre de l’intervention. Ces recommandations visent à baser nos interventions sur l’individu devant nous et à nous distancier de possibles idées préconçues qu’on puisse avoir et qui peuvent influencer le dépistage. 

LE GENRE ET LES PRONOMS 

Pour s’adresser à la personne en fonction du bon genre, il est important de prendre connaissance de comment la personne parle d’elle et ne pas présumer selon nos propres observations : 

  • Reprendre les mots que la personne utilise pour se définir et être à l’écoute de comment la personne parle d’elle-même. Utiliser les mêmes mots;
  • Ne pas présumer les pronoms de la personne. En cas de doute, il est préférable de lui demander quels pronoms elle utilise;
  • Se présenter avec son ou ses pronoms peut permettre à la personne de faire de même.
  • Si le genre ou les pronoms de la personne ne sont pas connus ou inscrits au dossier, privilégier les formulations épicènes et éviter d’assigner un genre à la personne :
    • Utiliser des pronoms non binaires :
      • Au lieu de il ou elle : iel, ille, ol, ael, etc.;
      • Au lieu de celui ou celle : cellui, celleux, ceuze.

Le genre des partenaires

Déterminer le genre des partenaires est pertinent pour identifier les pratiques sexuelles de la patientèle et les risques qui y sont associés. Certaines formulations sont à préférer que d’autres pour permettre une évaluation qui respecte le genre de la personne et de ses partenaires, mais qui est aussi efficace pour déterminer les tests à administrer. Notamment : 

  • Il est préférable de prendre une formulation neutre pour parler des partenaires de la personne, afin de tenir compte des réalités non hétérosexuelles :
    • Privilégier une formulation comme « avez-vous présentement un, une ou des partenaire(s) sexuels? » au lieu de « avez-vous présentement un chum/une blonde? » 

Amalgamer les organes génitaux au genre peut poser problème dans l’évaluation des pratiques à risques, puisque certaines personnes ont des organes génitaux qui diffèrent de leur genre. Le genre peut fluctuer et ne pas signifier la même chose d’une personne à l’autre. Par exemple, si vous demandez à la personne, « avez-vous des relations sexuelles avec des hommes? », cela ne vous indique pas si le partenaire a un pénis ou un vagin et les potentielles pratiques sexuelles à questionner pour en évaluer les risques :

  • Il est préférable de plutôt questionner directement les organes génitaux, comme ceci : « avez-vous des relations sexuelles avec des personnes qui ont un vagin/pénis? ». 

LES PRATIQUES SEXUELLES ET LES PARTIES DU CORPS

Pour être le plus inclusif.ve possible, il est mieux de poser toutes les questions nécessaires à l’évaluation du besoin de dépistage, peu importe les facteurs identitaires de la personne. Cependant, l’ouverture ne doit pas se transformer en curiosité. Bien que l’envie de comprendre est bien intentionnée, certaines personnes, comme les personnes trans, les personnes exerçant le travail du sexe et les personnes en situation de handicap physique sont souvent confronté au fait de répondre à des questions sur leur intimité qui ne sont pas nécessaires à l’évaluation de leurs besoins de dépistage. De même, si vous sentez qu’une question peut être sensible pour la personne. Par exemple, préciser les organes génitaux d’une personne trans et avoir peut de lui causer un inconfort, vous pouvez toujours introduire la question en reconnaissant la délicatesse de la question. Enfin, si vous avez des questions et des curiosités, c’est normal. On ne vous encouragera jamais assez de nourrir un intérêt pour mieux comprendre, mais on vous recommande de les noter et de faire vos recherches à l’extérieur des espaces de consultations, pour ne pas rendre la patientèle mal à l’aise ou leur donner la responsabilité de vous éduquer.

Certaines caractéristiques identitaires sont aussi associées à des facteurs de risque pour la contraction d’une ou de plusieurs ITSS (Ministère de la santé et des services sociaux, 2019), comme : 

  • l’orientation sexuelle;
  • le travail du sexe;
  • une incarcération passée;
  • un parcours trans;
  • être originaire d’un pays endémique du VIH. 

Bien que ces éléments soient des facteurs de risque et nous mettent la puce à l’oreille pour de potentiels risques accrus de contraction d’ITSS, s’y limiter pour identifier les risques des individus peut les faire sentir comme s’ils étaient réduits à ces catégories identitaires. Poser des questions concernant les pratiques sexuelles qui sont axées sur les comportements plutôt que sur des facteurs identitaires est une démarche plus inclusive, qui part de la personne et qui tient compte de son unicité et de sa capacité à être agentive, sans la réduire à une catégorie. De même, avoir une identité particulière n’égale pas nécessairement à des pratiques à risque et les comportements potentiellement à risque devront être questionnés. Questionner directement les pratiques permet un raccourci sans étiqueter la personne et potentiellement la faire sentir jugée : 

  • P. ex. : seulement demander à un homme s’il a des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) pour évaluer le risque de contraction du VIH :
Problèmes possibles : La définition d’un homme n’est pas universelle; cela n’éclaire pas sur les pratiques à risque pour la transmission du VIH, puisqu’une « relation sexuelle » ne veut pas dire la même chose pour tout le monde.  Solution : Demander directement si la personne a des relations sexuelles de pénétration anale avec d’autres personnes qui ont un pénis. 

À l’inverse, on ne peut pas présumer qu’une personne n’a pas de pratiques sexuelles à risque ou n’a pas ou peu d’activités sexuelles en raison de caractéristiques identitaires ou corporelles, et il importe de lui poser toutes les questions nécessaires à l’évaluation du besoin de dépistage : 

  • Des préjugés d’asexualité pèsent sur certains groupes, comme les personnes en situation de handicap physique et intellectuel, les personnes neurodivergentes, les personnes âgées et les personnes grosses. 

Baser nos interventions sur la personne signifie aussi favoriser l’autodétermination et l’auto-identification d’une personne par rapport à son genre, ses pratiques sexuelles et son identité sexuelle. Les pratiques sexuelles n’équivalent pas toujours à l’identité, alors il est mieux d’éviter d’imposer une étiquette à la personne :

  • P. ex. : une femme ayant des relations sexuelles avec des hommes et des femmes peut se considérer hétérosexuelle et non bisexuelle.

De même, il est important d’être explicite lorsqu’on parle de pratiques sexuelles particulières et éviter d’employer des termes vagues comme « relations sexuelles non protégées ». La compréhension commune de « relations sexuelles » se limite souvent à des relations de pénétration vaginale ou anale, mais bien des gens ont des relations sexuelles sans pénétration.

Enfin, il est préférable d’éviter d’émettre des commentaires ou des critiques suite au dévoilement de pratiques sexuelles considérées à risque. Plutôt, nommer que certaines pratiques peuvent être plus à risque et encourager la mise en place de pratiques sexuelles sécuritaires. Cela évitera que la personne se sente jugée et que cela ne la décourage de se faire dépister. De même, il est mieux de ne pas juger une personne qui a retardé un dépistage ou qui a annulé un rendez-vous. Il se peut que la personne anticipait le rendez-vous en raison d’expériences préalables négatives, d’une anticipation de vivre des micro-agressions ou de peur d’un résultat positif. On devrait plutôt encourager et féliciter la personne parce qu’elle a pris rendez-vous malgré ses appréhension, qu’elle a entrepris des démarches pour promouvoir sa santé sexuelle. 

FAVORISER L’ACCESSIBILITÉ DURANT LE RENDEZ-VOUS

Certaines personnes ont de la difficulté à s’exprimer, soit en raison d’une barrière de langue, d’une gêne quant à aborder la sexualité ou encore en raison de difficultés d’élocution. Si la personne a de la difficulté à s’exprimer, il vaut mieux l’écouter attentivement et patiemment, sans essayer de terminer ses phrases plus rapidement : 

  • Considérer que la personne peut avoir du mal à s’exprimer aisément sur sa sexualité, que ce soit dans sa langue ou dans une langue seconde. Elle peut aussi combiner des termes de sa langue et d’une autre langue (comme l’anglais ou le français) pour se faire comprendre.

Si la communication verbale est difficile, essayer de proposer des modes de communication alternatifs, comme la communication non verbale, pour expliquer les prélèvements et les parties du corps en utilisant des schémas et des dessins, ou des pictogrammes. 

Lorsque vous expliquez les prélèvements et les tests à réaliser, qu’ils soient réalisés par la patientèle ou vous-même, assurez-vous de donner des explications claires et précises du déroulement : 

  • Proposer les différentes positions dans lesquelles les prélèvements peuvent être réalisés pour que la personne choisisse ce qui la rend le plus à l’aise en fonction de son corps et de sa mobilité;
  • S’assurer d’avoir le consentement de la personne pour toucher et pour chaque test que vous allez réaliser sur leur corps, s’il y a lieu, en annonçant les manœuvres avant de les réaliser :
    • Demander le consentement est essentiel pour que la personne comprenne ce qui est réalisé et ne soit pas surprise par vos gestes, mais aussi car nous ne connaissons pas les expériences préalables de la personne, et il faut donc user de délicatesse.
    • Il est possible de vérifier le consentement en expliquant préalablement les tests qui seront réalisés et en demandant l’accord de la personne pour les réaliser. Ensuite, lors des tests, on peut expliciter chaque étape en nommant ce que vous allez faire juste avant de le faire. 

P. ex. : Je vais vous toucher le bras; je vais insérer l’aiguille, je vais insérer le coton-tige pour le prélèvement, etc. 

  • Nommer les choses avec précision, ne pas user de sous-entendus pour adresser des pratiques, des parties du corps, des tests ou autres informations. Cela permettra de conserver un langage neutre et de vous assurer que la personne comprend. 

P. ex. : au lieu de dire « prélèvement au niveau des organes génitaux » dites « prélèvements au niveau du vagin ou rectum ».

Pratiques inclusives après le rendez-vous

PRATIQUER L’INCLUSION DANS LES SERVICES, COMME DANS L’ÉQUIPE

Réfléchir aux pratiques inclusives qui peuvent être mises en place également auprès de l’équipe. Si l’environnement est inclusif pour la patientèle, il devrait également l’être pour les membres du personnel. 

Recruter des infirmier·ère·s, médecins, employé·e·s de la clinique appartenant à une diversité d’identités est une bonne stratégie afin de faciliter l’aisance de la patientèle issue de différentes communautés.

Sonder le personnel actuel pour la création d’un comité d’inclusion pour veiller à la révision des communications, des publicités, la mise en place de protocoles à suivre pour les membres du personnel de la clinique et l’aménagement des lieux. Ce comité peut être formé de personnes s’identifiant dans une diversité de vécu et de personnes ne s’y identifiant pas particulièrement, pour que le poids de l’inclusion ne reviennent pas aux personnes qui peuvent déjà vivre de l’exclusion. 

P. ex. : en faisant un sondage ou des rencontres individuelles demandant comment les personnes s’identifient, et si elles acceptent que l’information soit partagée au sein de la clinique et désirent s’impliquer aux efforts d’inclusion.

UNE FORMATION CONTINUE

Il est de notre responsabilité de continuer à s’éduquer/s’informer sur les luttes et à propos des situations de discrimination, et les barrières d’accès au dépistage rencontrées par les personnes des communautés 2SLGBTQIA+, les personnes en situation de handicap et/ou neurodivergentes, les personnes grosses, les personnes racisées et/ou migrantes, et les personnes exerçant le travail du sexe. Pour s’assurer que tous les membres du personnel aient accès à une formation et du soutien sur l’inclusion de façon continue, vous pouvez répertorier et établir un contact avec des organismes communautaires s’adressant aux différentes populations clés dans votre région. Consultez les ressources pour chaque population clé afin d’avoir une liste d’organismes offrant des informations et des formations aux professionnels de la santé.

Assurer une formation obligatoire et en continu pour l’ensemble du personnel de la clinique au sujet de l’inclusion et des pratiques inclusives permet de faciliter l’adaptation de pratiques et de services inclusifs. Le vocabulaire et nos compréhensions de l’inclusion et des diverses réalités sociales sont constamment en évolution.

Mettre en place des politiques d’intervention et un système de commentaires/plaintes/suggestions pour contrer les situations de discrimination ou les micro-agressions. Ce système vous permettra de recevoir les commentaires de la part de la patientèle et de vous concerter à ce sujet et créer un espace inclusif sur mesure pour votre patientèle :

  • P. ex. : instaurer un système de plaintes en ligne permettant aux personnes de prendre parole facilement et sans interaction pour faciliter l’aisance, comparativement à la réalisation de rencontres individuelles qui peuvent être confrontantes. 

Se pratiquer à inclusion 

Se pratiquer permet de transformer les nouveaux comportements en habitudes et vous permettra d’être plus habiles avec certaines pratiques inclusives. Par exemple, vous pouvez vous pratiquer à :

  • Parler sans genrer les personnes; 
  • Éviter d’utiliser des termes comme « obésité », « en surpoids » ou « embonpoint » pour parler d’une personne grosse, même en dehors du milieu de dépistage, puisque ces termes renforcent le stigma associé au poids et contribuent à l’évitement des milieux médicaux et de dépistage des personnes grosses; 
  • Être alerte aux préjugés, idées préconçues et discours discriminants dans votre milieu de travail à l’endroit des personnes de différentes communautés. Nous pouvons nous aider à apprendre, tout le monde ensemble.

CÉLÉBRER L’INCLUSION

Célébrer la diversité à longueur d’année et reconnaître les journées de célébration des différentes population clés :

  • P. ex. : mettre des collants, des affiches et des brochures soulignant votre implication auprès de différentes communautés dans la clinique à longueur d’année;
  • Vous référer aux organismes communautaires pour obtenir du matériel promotionnel; 
  • Inclure une diversité de représentations dans les campagnes de promotion et les éléments visuels de la clinique. 

Souligner les journées de visibilité et de luttes à l’aide de drapeaux, d’affiches ou de représentations imagées dans le centre ou la clinique et dans les communications. Voici une liste non exhaustive de dates à retenir et à souligner dans vos espaces et vos communications:

  • Mois de Février – Mois de l’histoire des Noir·e·s;
  • 8 mars – Journée internationale des femmes;
  • 21 mars – Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale;
  • 02 avril – Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme;
  • 17 mai –  Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie;
  • 09 août – Journée internationale des peuples autochtones;
  • 01 décembre – Journée mondiale de lutte contre le sida;
  • 03 décembre – Journée internationale des personnes handicapées;
  • 17 décembre – Journée mondiale contre les violences faites aux travailleur·se·s du sexe;
  • 18 décembre – Journée internationale des migrants.

Par respect pour les peuples autochtones et pour reconnaître impacts de la colonisation encore présents, il est aussi important de reconnaître l’occupation de territoires traditionnels non cédés sur lesquels votre clinique est située sur toutes les communications, votre site Web et à la réception de la clinique. 

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